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Le casse-tête des fermes familiales

Des grandes et belles fermes qui se meurent à petit feu… Un scénario malheureusement fréquent dans nos campagnes. Chaque situation est unique et il n’y a pas de solution magique… Entre transmission et renouveau, découvrez l’évolution de notre ferme familiale.

Comment reconnaître une situation casse-tête ?  

  • Une répartition chaotique sur fond de secrets de famille 
  • Un gouffre financier inchauffable et loin de toute norme 
  • Une valeur foncière et sentimentale indéniable

Pas de doute, le domaine coche toutes les cases ! Une fois que c’est dit, qu’est ce qu’on fait ? 

Racheter toutes les parts ? Même si nous ne sommes pas dans les records des vignobles de Bourgogne à 30 millions l’hectare, impossible d’avoir les reins assez solides pour une seule personne. C’est ce qui se passe parfois, mais rarement grâce au travail de la terre… 

Vendre tout ou partie ? Inenvisageable à court terme avec des bâtiments utilisés par la famille et par l’activité agricole du lieu et d’autres espaces bien trop proches. Inenvisageable à long terme par notre attachement au lieu (depuis plus de 100 ans dans la famille, ça laisse des traces). 

Attendre les bras croisés ? C’était bien tentant …  

Avoir un projet commun ? Bingo, c’est la solution que nous avons choisie. La plus ambitieuse, conserver l’usage agricole et familial de la maison et lui redorer son patrimoine. Des grands yeux étonnés mi-craintifs mi-impressionnés, c’est la réaction des banquiers qui m’a fait prendre conscience de notre choix audacieux.

Vielle ferme
Interrupteur ferme
Lierre
  • des critères et valeurs indispensables à tout le monde pour s’embarquer dans l’aventure. Dans la famille, ce qui nous tient à cœur c’est la cohésion, le patrimoine et le respect de l’environnement
  • Et de ce qui existe déjà et qui fait la force et l’authenticité du lieu, l’agriculture avec le domaine viticole de mon frère, les arbres fruitiers et les céréales cultivées par mon père.

De cette page pas vraiment blanche, est né ce projet. Je ne rêvais pas d’avoir ma boîte, je n’ai pas milles idées à la seconde, mais j’ai la conviction que de la diversité naît la richesse. Alors j’ai décidé de mélanger le monde que j’ai découvert en école de commerce et après, faits de bureaux, de beaux slides, steering committee et compagnie avec celui où je suis née, la ferme familiale, à base de produits de la terre, de quotidien rythmé par les saisons et la météo et pétassages* en tout genre. 

*(Patois ardéchois qui désigne le fait de réparer ou fabriquer un objet avec d’autres objets disponibles sous la main en les détournant de leur usage initial. Exemple : remplacer une ceinture par une ficelle bleue.)

L’idée est donc née de créer un lieu d’accueil hybride autour de l’activité viticole et rurale dans un cadre naturel préservé avec des hébergements et des espaces de travail pour les particuliers et les professionnels, un lieu pour rester connecté à la nature et aux autres.

Une fois tout le monde d’accord, c’est le passage de la théorie à la pratique. Comment ne pas perdre tout le monde quand on parle d’engagement à long terme, risque financier et paperasse ?

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L’histoire du domaine

En 1877, un grand oncle, François Rapine, lègue Mirabel (la bâtisse et les terres) à mon arrière grand-père, Jean Louis Léorat, après l’avoir lui même hérité de son père. Depuis, elle se transmet de génération en génération jusqu’à aujourd’hui, la sixième génération à vivre et exploiter les lieux.

Mais l’histoire de la bâtisse est plus vieille que celle de notre famille… Elle a des origines dans les guerres de religion et daterait de 1629. Une famille de nobles, les d’Audemard, aurait fui le village voisin de Toulaud. Mirabel serait la ferme de ce château et a donc toujours eu des origines agricoles (certes un peu sanglantes…). Pour la petite anecdote : ils auraient fui de leur demeure détruite jusqu’à la maison grâce à un souterrain…. Nous avons la clé mais toujours pas trouvé l’entrée.

Comment je sais tout ça ? Grâce aux histoires orales mais surtout grâce à ce fameux aïeul, Jean, qui a pris le temps de consigner cela dans un livre…

Livre de l'histoire de Mirabel et sa clé d'origine.

Ses activités

La bâtisse de Mirabel, ou plutôt le petit hameau, est une ferme aux activités multiples. L’architecture des lieux témoigne aussi de l’histoire du domaine avec une partie habitation et des bâtiments agricoles qui deviennent, tour à tour, étable, écurie, grange, logement… Les cultures exploitées sont un mélange de cultures vivrières, céréales à fourrage mais aussi d’autres plus particulières et notamment la sériciculture.

Il s’agit de l’élevage de vers à soie, très fréquent en Ardèche au XIX ème siècle. Une culture qui demande de la place et apporte un complément de revenu non négligeable aux agriculteurs. La cave, l’actuel bâtiment où la vinification est réalisée a d’ailleurs été construite pour cela. On imagine donc des petits vers à la place des cuves actuelles (alors, c’était toujours mieux avant ou pas ?)

Après la guerre de 1914-1918, il y a eu une période faste des fruitiers : jusqu’à 12 hectares de pêchers (ou 24 les témoignages diffèrent…). La cave était à l’époque une salle d’emballage des fruits. Puis, les conditions économiques et climatiques se sont chargées des transitions. Mon père en a fait un mix d’autres cultures arboricoles et céréalières et de grand jeu avec le labyrinthe végétal !

Son histoire récente

Vous l’aurez compris, le domaine n’était pas principalement viticole à la base. Cependant, il y a toujours eu de la vigne sur les terres, un moyen d’être plus résilient et autonome. Le vin servait à la consommation personnelle (ça n’a pas changé) et de rémunération pour les ouvriers du domaine (ça si). Plus tard, mon grand-père portait ses récoltes de raisin à la coopérative de Tain. Depuis 2014, Rémi récolte et vinifie sur place les différentes cuvées.

En 2023, il y a également les projets de rénovation d’anciens bâtiments pour partager ce beau patrimoine

En effet, depuis quelques décennies, l’activité agricole ne permet plus d’entretenir l’ensemble des bâtiments. Alors on a retroussé nos manches pour rénover cet héritage familial et lui rendre ses lettres de noblesse (on ne demande pas de titre pour autant). Une aventure familiale riche et intense !